SOUTIEN AU DOCTEUR DIDIER POUPARDIN

contre le rationnement des soins

ARTICLE DE L’HUMANITE DU 22 décembre 2009

L'HUMANITE

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Article paru le 22 décembre 2009

société

À Vitry-sur-Seine, un médecin de quartier en résistance

Établi depuis plus de trente ans dans un quartier populaire, Didier Pourpardin est poursuivi par la CPAM. Son 
tort  ? Refuser le rationnement des soins imposé par l’assurance maladie. Portrait.

Longue barbe blanche, souriant et posé, c’est très calmement que le docteur Pourpardin expose sa situation. Ce médecin généraliste exerce depuis plus de trente ans au cœur d’un quartier populaire de Vitry-sur-Seine. Son délit  : ne remplir que la partie haute de l’ordonnancier « bizone », celle où les médicaments sont entièrement remboursés par la Sécurité sociale, pour ses patients atteints de maladies graves, dites ALD (affections de longue durée). Convoqué par la CPAM du Val-de-Marne le 8 octobre dernier, Didier Pourpardin s’est expliqué pendant près de cinq heures sur la répartition des médicaments concernant les dossiers de ses cinquante et un patients en longue maladie.

Il y a dix ans déjà, ce généraliste avait dû faire face aux mêmes blâmes. Sauf qu’il avait réussi à convaincre le médecin-conseil de la justesse de sa démarche. Cette fois, l’affaire semble plus compliquée  : la caisse primaire d’assurance maladie lui réclame même 2 612,41 euros pour « indemniser le préjudice ». Un préjudice pour la CPAM, mais une question de déontologie pour ce médecin qui essaie de préserver ses patients pour qu’ils continuent à se soigner correctement, même s’ils ont de faibles revenus et même s’ils n’ont pas de mutuelle. « C’est une sanction injuste, car je me donne du mal pour soigner des patients qui sont en majorité au tiers payant, des personnes qui sont en difficulté, qu’elles soient ou non sans-papiers. »

le refus d’une logique d’économies

Depuis 1987, les ordonnances, auparavant « unizones », sont désormais coupées en deux. En haut, les médicaments qui entrent dans le répertoire des trente maladies ouvrant les droits de remboursement à 100 %. En bas, les médicaments à la charge de la mutuelle ou du patient, ce qui à terme pourrait bien, selon le généraliste, provoquer l’augmentation des tarifs mutualistes. « L’ordonnance bizone est une machine de guerre. On peut discuter à l’infini de la place des médicaments. La réalité, c’est qu’on demande aux médecins de jouer le jeu pour faire des économies à la caisse d’assurance. Je refuse de rentrer dans cette logique. »

Grignotage progressif du droit aux soins

Au milieu de son cabinet, le docteur Pourpardin pointe également le danger de « morceler le corps en pathologies à remboursement modulable ». « Le corps, rappelle-t-il, est un tout. Lorsqu’un patient a un cancer, il est angoissé et a besoin d’être rassuré. On ne soigne pas uniquement un organe ou une fonction, on soigne la personne humaine malade. »

Or, ce découpage des pathologies répond à une logique comptable imposée d’en haut. Ainsi les critères de remboursement s’apparentent à un moyen détourné de procéder à un rationnement des soins  : « Certains médicaments sont déremboursés sous prétexte qu’ils ne sont pas assez efficaces  ; d’autres recommandations, devenues la norme, si elles sont pertinentes pour des malades en milieu hospitalier, sont déconnectées de la réalité sociale dans laquelle nous exerçons notre métier. » À quelques années de la retraite, Didier Pourpardin continue à résister, comme il l’a toujours fait. Pour lui, la question des ordonnanciers « bizones » est symptomatique du grignotage progressif des droits aux soins. « Je n’ai pas l’intention de changer d’un iota ma manière de prescrire. Je regrette simplement les attaques perpétuelles contre l’hôpital public et contre les médecins de quartier. On donne des chèques santé pour aider les plus modestes à prendre une mutuelle. C’est une aumône pour temporiser les inégalités. La santé ne devrait pas être une aumône mais un droit. »

Ixchel Delaporte

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12 janvier 2010 - Posted by | ANNONCES

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