SOUTIEN AU DOCTEUR DIDIER POUPARDIN

contre le rationnement des soins

LETTRE DU Docteur POUPARDIN A LA PRESSE

Dr Didier POUPARDIN

4, rue Arthur RIMBAUD

94400-VITRY

Tel : 01 46 71 42 87

Blog : http://didierpoupardin.Wordpress.com

Le 29 Novembre 2009

Madame ou Monsieur

Je suis poursuivi par la CPAM du Val de Marne pour avoir prescrit tous les médicaments dans la partie haute des ordonnances bizones en vigueur pour soigner les personnes atteintes de maladies graves (ALD), pour lesquelles les prescriptions sont remboursées à 100%. Les autres maladies de ces personnes sont prises en charge avec un remboursement habituel, les prescriptions doivent alors être inscrites dans la partie basse de ces ordonnances. C’est aux médecins de choisir la zone adéquate. Cette responsabilité résulte de la politique de « maîtrise médicalisée des soins ».

J’ai donc été convoqué et ai du m’expliquer à propos d’une cinquantaine de personnes, sur une durée d’un an.

A l’issue de cette rencontre les médecins conseils m’ont proposé de rédiger des protocoles d’ALD pour « polypathologie » pour 8 personnes. J’ai trouvé que l’idée était consensuelle puisque ainsi j’étais exonéré de tout « grief » pour ces huit dossiers et je me suis exécuté. Un peu surpris toutefois. Les médecins du Val-de-Marne en effet ont renoncé depuis belle lurette à faire de telles demandes qui sont presque toujours refusées. Or cette fois-ci, les protocoles de demande de « polypathologie » pour ces 8 personnes ont tous été acceptés en quelques jours, sur dossier !

Trop content de ce résultat, je me suis posé la question de savoir si parmi les 43 dossiers restant d’autres personnes aussi gravement malades auraient pu bénéficier du même sort. J’ai recensé 22 personnes qui me semblaient avoir des pathologies multiples comparables et j’ai donc rédigé pour elles des protocoles semblables. Surprise ! Contrairement aux 8 dossiers initiaux, les médecins-conseils ont convoqué à THIAIS où se situe le contrôle médical, les 22 habitants de VITRY et d’IVRY, sans autre explication sur les motifs que celui de : « suivi des prestations ». Ils ont été sommés, avec la courtoisie réglementaire et légendaire, de se munir de leur carte d’identité, de leur carte vitale et de leur convocation et menacés des pires foudres s’ils ne se rendaient pas à cette consultation : « à défaut, le service des prestations peut être suspendu ». Parmi elles, des personnes valides ou en état de se déplacer, mais aussi des personnes âgées et impotentes, seules et sans grandes ressources, à qui j’ai dû prescrire en urgence… des bons de taxi adéquats.

Le résultat est sidérant : Après leur examen par les médecins-conseils, 2 personnes seulement sont acceptées en « polypathologie » !

CONCLUSIONS :

1°) Les procédures de demande de « polypathologie » sont à géométrie variable selon qu’elles sont suggérées par les médecins-conseils ou demandées par les médecins-traitants. La différence des résultats est surprenante. Comment l’expliquer ? Serait-ce qu’une personne malade qui a réussi à se déplacer jusqu’au siège du contrôle médical, ne peut pas souffrir de pathologie invalidante ? Pour qu’une personne malade obtienne la « polypathologie », faut-il attendre que le médecin-conseil le suggère ? Cela n’arrive jamais, sauf dans le cas présent ! La « polypathologie » reste donc inaccessible en pratique.

2°) L’arbitraire le plus total règne. L’arthrose est reconnue invalidante dans le premier lot des huit personnes et pas dans les autres ! Et même dans le lot des 17 demandes suivantes : il se trouve que 2 personnes ont été récemment opérées d’une prothèse de genoux. Résultat : l’une est acceptée en « polypathologie » et l’autre non.

3°) Les critères pour déterminer le caractère invalidant ou non d’une pathologie sont complètement opaques ce qui permet le déploiement de la subjectivité des médecins-conseils : Parmi les patients convoqués, les pathologies digestives ne sont jamais invalidantes ; l’ostéoporose n’entraîne aucune gène ; les problèmes de prostate n’empêchent pas les gens de dormir, et ne sont jamais l’objet de surinfections en particulier chez une personne diabétique ; la dépression nerveuse quand elle est soignée par le médecin généraliste, ne pose aucun problème dans la vie !

Restent 16 dossiers pour lesquels je n’ai pas fait de demande de « polypathologie » puisque ces personnes ne présentent pas à ma connaissance et à ce jour d’autre maladie invalidante. Pour ces 16 dossiers il m’est reproché de prescrire des antalgiques à une personne atteinte d’artérite, des antihistaminiques à quelqu’un qui fait des allergies à un médicament qui lui est indispensable dans le traitement de sa maladie en ALD, des bains de bouche à quelqu’un qui a été opéré des 2 carotides et qui, après son opération, souffre de problèmes salivaires, etc.

La discussion sur la place des médicaments dans les zones peut se prolonger éternellement. Elle n’a aucun intérêt pour la personne malade. Elle n’a qu’un intérêt comptable dans un contexte où les gens ont de plus en plus de difficultés à accéder aux soins.

Lorsque la « mise en examen » de mes prescriptions a débuté, j’ai expliqué, comme il y a dix ans, que « le découpage » virtuel du corps humain était médicalement absurde. Les traitements pour une affection ou la maladie elle-même ont des effets secondaires sur d’autres parties du corps ; une maladie non soignée peut aggraver la maladie prise en charge à 100% ». Je maintiens complètement cet avis.

Aujourd’hui, des milliers de médecins résistent comme moi contre l’absurdité d’un tel morcellement des individus. Les CPAM n’osent guère s’affronter médicalement sur ce sujet aux médecins hospitaliers. Tant mieux ! En revanche les médecins dans les quartiers se font régulièrement tirer les oreilles par les nouveaux émissaires de la CPAM qui « visitent », tableaux statistiques sur papier glacé multi-couleurs en main, aux frais de l’Assurance Maladie, les cabinets médicaux. Ce qui démontre bien au passage que les consignes comptables de la CPAM ne vont pas de soi ! Il est grand temps de mettre fin aux ordonnanciers bizones et de revenir à un ordonnancier unizone.

Il est important que quels que soient notre mode d’exercice, nous réagissions contre ces ordonnanciers bizones qui font fi de la personne malade. Il est important que la population et les grandes organisations représentatives se dressent aussi contre cette conception du découpage du corps et de la marchandisation des soins qu’il autorise.

Si le silence se poursuit, la casse se poursuivra, la privatisation et la marchandisation des soins s’accentuera toujours plus. La dévalorisation systématique du travail des médecins de quartier fait que les déserts médicaux sont en train de s’agrandir de façon importante, et pas seulement en Lozère !

A terme, pour faire face à cette pénurie, les médecins de quartier seront remplacés par des médecins formés en peu d’années, forcés d’adhérer individuellement à des « Contrats d’Application des Pratiques médicales (CAPI) » et d’obéir aux « recommandations » préconisées par la CNAM.

Celle-ci,

  • gèrera d’un côté la limitation et le fichage des soins au moyen d’un dossier médical personnalisé consultable sur les cartes vitales, pour les pauvres ;
  • et d’un autre côté encouragera les prouesses de réseaux de santé composés des médecins les mieux formés et disposant des moyens thérapeutiques les meilleurs, adeptes des dépassements et de l’utilisation privée des services publics hospitaliers. Les frais de ce secteur seront remboursés par des mutuelles les plus performantes que s’offriront sans sourciller les personnes qui en ont les moyens.

Il est temps de bouger pour que cessent ces inégalités !

Didier POUPARDIN

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29 novembre 2009 - Posted by | A LA UNE

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